DANS LA FAMILLE DU DON DE SANG, je demande la mère, le père et le fils

CHATENOIS
Depuis 25 ans, la famille Mourad, de Châtenois, donne très régulièrement son sang et son plasma. Au total, le couple et l’un de ses fils ont cumulé 160 dons. Une histoire d’engagement et de citoyenneté qui, au-delà des chiffres, revêt une dimension symbolique pour cette famille d’origine étrangère devenue française par naturalisation.
Le 5 décembre, Journée mondiale du bénévolat, Sabri Mourad, 53 ans, sa conjointe Isabelle Duraes-Mourad, 51 ans, et leur fils de 22 ans, Gabriel Mourad, se sont rendus en famille à la Maison du don de Strasbourg. Ces habitants de Châtenois avaient tous rendez-vous pour, respectivement, leur 100e , 50e et 10e don de sang et/ou de plasma. Cent-soixante dons au total, soit près de 480 bénéficiaires, un don profitant en moyenne à trois personnes.
C’est Isabelle qui avait ouvert le bal en 2009. « Quelques années auparavant, il aurait été inimaginable pour moi de donner mon sang. Adolescente, je tombais dans les pommes quand on me faisait une prise de sang. » C’est plus tard, au cours de trois grossesses successives, alors qu’elle n’est pas immunisée contre la toxoplasmose, qu’elle est bien contrainte de s’habituer aux seringues. « C’est aussi à cette occasion que j’ai appris que je relevais du groupe O- et que j’étais donc donneuse universelle. J’ai compris que dans les situations d’urgence mon sang pouvait sauver des vies et j’ai commencé à donner régulièrement. »
Deux événements familiaux déclencheurs
Pour Sabri, le déclic intervient lors de deux événements familiaux marquants. En mai 2010, sa fille de 8 ans est victime d’une « chute d’escarre » après une opération chirurgicale. « Elle a eu une grave hémorragie au cours de laquelle elle a perdu deux litres de sang. Son état a nécessité une transfusion, ce qui m’a sensibilisé au sujet. »
Piqûre de rappel en 2021, s’il en était besoin, la mère du quinquagénaire déclare une leucémie. « Là, j’ai découvert le don de plasma, qui est beaucoup moins connu, mais tout aussi utile. » Depuis, le don de sang et de plasma fait partie intégrante de la vie des Mourad. Isabelle et Sabri ont installé l’application “Don de sang” de l’Établissement français du sang (EFS) sur leur téléphone.
« On regarde notre planning et on réserve des créneaux horaires en fonction de nos disponibilités. Les Maisons du don s’adaptent de plus en plus aux horaires des bénévoles : il est désormais possible de venir le samedi matin ou en semaine, au moment de la pause déjeuner, ou le soir jusqu’à 21 h. » Il est même déjà arrivé aux Mourad de se rendre à la Maison du don pendant leurs congés.
Le don, un élément d’intégration
Sabri Mourad, qui voyage beaucoup dans le cadre de son travail d’ingénieur en mécanique, pourrait presque éditer un Guide du routard des maisons du don en France. Il égrène les noms des villes, outre Strasbourg, Colmar et Mulhouse, dans lesquelles il a donné son plasma : Lille, Paris, Nantes, Lyon, Montpellier, Valence, Bordeaux, Rouen…
Originaire de Syrie, Sabri Mourad est venu en France en 1993 pour faire ses études à Nancy, où il a rencontré Isabelle, d’origine portugaise. Il a été naturalisé Français en 2000.
Pour cette famille d’origine étrangère, le don de sang est une manière « concrète et symbolique de contribuer à la communauté nationale ». « C’est une façon de rendre quelque chose de ce qui nous a été donné, de faire don d’une partie de nous-mêmes. »
Le 5 décembre, la famille Mourad s’est vu remettre un certificat familial de la part de l’Établissement français du sang (EFS). Prochaine étape : la famille va devenir ambassadrice du don de plasma à partir de janvier 2026. Un titre qui l’engage à faire rayonner cette cause parmi ses proches et ses connaissances.
Elle participera ainsi à la campagne “Ambassadeurs plasma” lancée en 2024 par l’EFS Grand Est qui associe des personnes connues localement tels que des chefs étoilés, pâtissiers, sportifs, athlètes paralympiques, influenceurs, journalistes, bénévoles, donneurs, médecins… qui mettent leur image au profit de la promotion du don.
Des paramètres vitaux « impeccables »
Sabri indique « se sentir psychologiquement et même physiquement mieux » depuis qu’il donne son plasma. « Avant, j’avais un taux de sucre un peu élevé dans le sang, un peu de cholestérol, un peu de tension… Depuis que je donne régulièrement, mes paramètres vitaux sont impeccables ! » Outre les bienfaits psychologiques démontrés de la générosité, le père de famille a probablement davantage veillé sur sa santé. Il raconte une anecdote qui l’a marqué. « Un jour, je suis arrivé à un rendez-vous pour un don de plasma alors que j’avais mangé beaucoup de cacahuètes la veille. Alors qu’habituellement le plasma est de couleur dorée, cette fois il ressemblait à du beurre, il avait un aspect graisseux, ça m’a fait un choc ! J’ai visualisé de manière concrète ce que signifiait une consommation excessive d’un aliment qui pouvait avoir des effets négatifs sur ma santé. Je n’ai plus jamais mangé de cacahuètes ! »
Isabelle a également amélioré son hygiène de vie : « J’avais régulièrement des carences en fer. Aujourd’hui, je fais en sorte de ne pas être carencée pour pouvoir donner. » « Et puis, ajoute Sabri, quelle autre activité permet de sauver des vies juste en restant allongé, tranquille, pendant une heure ? »
Don de plasma et souveraineté sanitaire
Le don de plasma joue un rôle crucial dans le système de santé français. Moins connu que le don de sang, il est pourtant tout aussi essentiel pour soigner les patients. Alors que les besoins augmentent, l’Établissement français du sang (EFS) cherche de nouveaux donneurs réguliers partout en France.
Le plasma est utilisé pour fabriquer des médicaments vitaux, notamment pour traiter les troubles de la coagulation, les déficits immunitaires et certaines maladies auto-immunes.
En France, le besoin en immunoglobulines, un composant dérivé du plasma, augmente chaque année. Pourtant, 65 % des médicaments dérivés du plasma utilisés en France proviennent de l’étranger. Le développement du don de plasma en France est donc un enjeu majeur pour la souveraineté sanitaire française et la disponibilité des traitements pour les patients, L’EFS souhaite atteindre une couverture de 50 % des besoins en plasma en France d’ici 2028, ce qui nécessite une mobilisation accrue des donneurs.
Le don de plasma est légèrement différent d’un don de sang. Alors qu’un don de sang prend environ 10 minutes (soit une heure sur place), le don de plasma dure environ 45 minutes, soit 1 h 30 sur place, et ne peut être effectué qu’au sein des maisons du don de l’EFS en raison de l’utilisation de la technique de prélèvement dite d’aphérèse, permettant de ne conserver que le plasma sanguin.
Sources DNA 24 12 2025 & EFS









